L'histoire d'Avèze
Le village aux quatre rivières, bas de soie et pierres lithographiques
Le village a grandi au pied du Causse de Montdardier-Blandas, au confluent de la Glèpe, de l’Arre et du Coudoulous. La commune possède un important patrimoine hydraulique :
- L’Arre
Rivière de 23,6 kilomètres née dans la commune d’Alzon. Elle se jette en rive droite dans le fleuve Hérault sur la commune de Roquedur, près du hameau de Pont-d’Hérault (commune de Saint-André-de-Majencoules).
- Le Coudoulous
Long de 12,6 kilomètres, le Coudoulous prend sa source sur la commune d’Arphy. Il conflue avec l’Arre sur la commune d’ Avèze, à 236 mètres d’altitude.
- La Glèpe
Longue de 6,5 km, descend du causse de Montdardier et se jette dans l’Arre à Avèze.
- Le ruisseau de Vézénobres qui serpente à partir de ce hameau (d’où il sort en résurgence), pour se jeter dans l’Arre, au pied du pont neuf.
Historique
Ancienne possession des bénédictins d’Aniane dès le VIIIème siècle, le village garde la route du Causse.
Au Moyen Âge, Avèze fait partie de la baronnie d’Hierle gouvernée par la puissante famille d’Anduze en possession des 22 paroisses qui entourent le Vigan. La baronnie suit le sort des possessions de la Maison d’Anduze jusqu’à la croisade des Albigeois, quand le roi confisqua les terres en Languedoc. Hierle passe sous l’autorité du roi en 1226.
En 1561, Claude de Vabres, dit le Capitaine Belfort, gouverneur de Millau (1562), du Vigan (1573), capitaine d’une compagnie d’hommes d’armes qu’il promène dans toute la France, un des principaux chefs protestants des Cévennes, seigneur d’Avèze introduit la Réforme à Avèze. En 1605 le château est pris par les hommes du Prévôt du duc de Ventadour. En 1620 la population protestante d’Avèze soutient massivement le duc Henri de Rohan (gendre de Sully) qui réunit les villes du Midi et de l’Ouest pour se révolter contre le Roi de 1620 à 1630.
De 1630 à 1633 la peste sévit, le village se retranche dans ses murs et attend la fin de l’épidémie. Dans le village devenu majoritairement protestant, où il n’y a plus ni église, ni curé, ce sont les moines capucins envoyés au Vigan qui desservent la paroisse.
Pendant la guerre des Camisards (1702/1710), la légende dit que la « reine des camisards », la « blondine », épouse d’Henri Castanet, le chef camisard de l’Aigoual, habitait le château d’Avèze. Elle était « une fameuse prophétesse parmi les rebelles », selon le brigadier Planque qui les combattait.
Le bourg est prospère au XVIIIème et au XIXème siècles. Des filatures, des exploitations agricoles et des champs de pommiers, tapissaient les fonds de vallées. Les machines à tricoter les bas de soie permettaient une production qui s’exportait dans toute l‘Europe. Des demeures bourgeoises aux façades sobres et aux intérieurs raffinés, sont bâties dans la partie basse (rue de la carrierrasse), elles appartenaient aux négociants et aux filateurs Teissier, Pelon, Nègre… La Maison Teissier (dit l’oustal fendut), demeure bourgeoise du XVIIIème siècle, est typique des maisons de filateurs, décors de stucs et rampe en fer forgé.
Le faubourg de rochebelle, qui s’étend jusqu’au Vigan, s’est développé le long de la route royale, puis impériale et nationale, qui reliait Aix à Montauban.
Eléments remarquables
Le château de Montcalm
De style médiéval, il a été construit entre le 9ème et le 18ème siècle. Il a abrité tous les seigneurs d’Avèze et a survécu aux guerres de religion.
Le château passe par mariage à Claude de Gabriac, chef de guerre huguenot, lieutenant en Cévennes du duc de Rohan.
C’est un ancien château fort plusieurs fois remanié. Les fortifications et les remparts sont abattus en 1609. Il est acquis au XVIIIème siècle par les Mazade d’Avèze, qui créent un jardin à la française ; la demeure est remodelée et une allée de cèdres est plantée dans le parc. Il passe ensuite aux Montcalm après un procès de plus d’un siècle qui oppose les Mazade, à l’abbé de Frézals et qui ne fut dénoué que peu avant 1789.
À la fin du XIXème siècle, les toits se hérissent de créneaux. C’est dans les années 1930 que le château prend son allure actuelle.
En 1934, les Brun d’Arre l’achète avant de le céder à la société Marseillaise de crédit.
Le château de Montcalm est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historique depuis 1942.
Sur les hauteurs du village, dans l’ancien Parc du château, se trouve aussi une réplique de la grotte de Lourdes, une rocaille agrémentée d’une statue, édifiée à cet endroit en 1898 à la suite d’une guérison, par la marquise de Montcalm, née Pozzo di Borgo. Le site est accessible au public.
Le château Teissier, dit « le castelet », est une belle demeure bourgeoise dont l’architecte a été, en 1891, Edmond de Joly, architecte de la Chambre des députés (1848-1892), et expert auprès du tribunal civil de la Seine, a construit, notamment, l’hôtel de la Présidence de la Chambre des députés à Paris… Il fait construire cette demeure, pour le négociant Edmond Teissier. Elle resta, pendant plusieurs décennies, la résidence de la famille Teissier. Elle passe par héritage à Jean Teissier et à son neveu Robert de Joly, grande figure de la spéléologie.
Mis en vente en 1960, le château fut acquis par le comité d’entreprise de la Société Marseillaise de Crédit, et transformé peu après, en maison pour enfants. Construit en pierre de Beaucaire, son style est Louis XIII. Ses toitures sont en ardoise, avec des fenêtres en mansarde coiffées de frontons triangulaires.
La Fabrègue
Le Château et domaine de la Fabrègue, sont propriété de la famille de la Fabrègue jusqu’au XIXème siècle. La Fabrègue appartient ensuite à la riche famille Laporte. Ses abords abritaient des assemblées clandestines protestantes. Il a appartenu ensuite à la famille de Saporta.
L’église et ses abords
Placée sous le vocable de Notre Dame d’Avèze, elle a été ruinée par les protestants à l’époque de la Réforme. Reconstruite , elle est à nouveau pillée et incendiée par les Camisards, puis reconstruite en 1693, et encore pillée pendant la Révolution. Elle est à nouveau restaurée pendant la Restauration et la Monarchie de juillet, et finalement entièrement reconstruite en 1861.
L’ancien cimetière est devenu Jardin du Mont d’Haussez, un jardin public qui tient son nom du Baron d’Haussez, Charles Lemercher, préfet du Gard en 1819.
Le cimetière communal et le cimetière belge ont été créés à l’opposé de l’ancien.
Le cimetière belge est un cimetière militaire où reposent les soldats belges morts au sanatorium de Cauvalat pendant la première guerre mondiale.
Le temple protestant
La chapelle claustrale avait été transformée en temple en 1561. Il ne reste rien des premiers lieux de culte. Le temple actuel a été construit sous la Restauration par les protestants d’Avèze sur un terrain qui leur appartenait.
Les ateliers de pierres lithographiques de la Crouzette et du moulin, sur les deux rives de la Glèpe.
À la Crouzette, Auguste Guy installe son atelier de pierres lithographiques, et sa maison. Avèze est le seul lieu de l’industrie des pierres lithographiques, si importante au XIXème siècle dans le Gard. L’exploitation continue jusqu’au début du XXème siècle.
Le moulin appartenait au XVIIème siècle au comte St-Maurice de Montcalm ; après 1840, il est équipé pour la fabrication de produits à usage lithographique, et de papiers peints appartenant à la même société que La Crouzette.
Le foyer des campagnes
C’est l’ancienne filature de soie Astruc, transformée en fabrique de pierres lithographiques au début du XXème siècle.
Vendue à la municipalité, elle devient Foyer des Campagnes, et accueille les Républicains espagnols en 1939. Elle est ensuite utilisée par un Chantier de Jeunesse, le groupement 18 Assas, par le régime de Vichy .
Le Pont Vieux a été bâti en 1715, pour desservir le domaine de Pouchonnet, sur la rive gauche de l’Arre. Le site (pont et rives), est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1942.
Le Pont de la discorde
Construit pour relier le village à la route impériale d’Aix à Montauban. Il a été ainsi nommé, à cause du conflit qui a opposé les protestants à la municipalité de 1870 à 1875. Les protestants craignaient que la construction du pont et de la route qui y menait, rendent insalubre le temple protestant situé en contrebas de la nouvelle voie.
Le Pont de mousse
Composé de concrétions calcaires formant une arche au-dessus du ruisseau de Vézénobres, qui se jette dans l’Arre, au pied du pont neuf. Pittoresque et sujet de maintes cartes postales .
Les thermes de Cauvalat ont été inaugurés en 1843. À l’époque des créations balnéaires, ils ont attiré nombre de curistes de Nîmes, Montpellier et même de l’étranger. Au début du XXème siècle, l’exploitation cesse et les thermes sont transformés en hôpital militaire belge, pendant la Première guerre mondiale.
La source d’Isis
En 1069, le seigneur d’Avèze, Pierre de Combret, donne au monastère bénédictin du Vigan, les droits d’eau sur la source d’Isis qui alimente toujours la ville.
Figures locales
Claude de Vabres-Beaufort (1535/ après 1604), seigneur d’Avèze, l’un des grands militaires de la cause huguenote durant les guerres de religion.
Etienne Laurent Jean Mazade, marquis d’Avèze (1757/1843 ? ). Pendant la Révolution, il doit fuir le château d’Avèze où il s’était réfugié, et rentre en France après la chute de Robespierre.
Homme de lettres, poète, organisateur de la première exposition des produits de l’industrie française, sa fille Bertille épouse Victor de Bonald, second fils de l’écrivain, et frère de l’archevêque de Lyon.
Louis-Hippolyte de Montcalm (1775/1857), petit-fils du défenseur du Québec, héritier du château d’Avèze, il épouse la sœur du duc de Richelieu qui anime à Paris, un salon célèbre.
Louis Pierre Marie André Dieudonné de Montcalm-Gozon marquis de Montcalm (1858). 15 mars 1786,Toulouse/21 novembre 1862. Mort au château d’Avèze. Général de brigade à 44 ans, aide de camp du duc d’Angoulême…La Révolution de juillet arrête sa carrière militaire.
Laurent Cabanis (1785/1862), poète avézol, né et mort à Avèze dans une famille protestante et aisée de négociants en bas, dont les ancêtres avaient combattu aux côté du seigneur Jacques de Vabre; contre les troupes de Montmorency. Il épouse Elisabeth Laporte qui appartient à une importante famille viganaise. Il voyage entre Avèze et Paris où il fréquente Victor Cousin, Charles Comte…. Il écrit en français et en patois viganais. Il est maire d’Avèze de 1848 à 1851. L’expérience lui inspire le poème moqueur et satirique Un Mairo Lo tempesto, qui est son œuvre maîtresse.
Émile Verdier, (Le Vigan 1802-Cauvalat 11/02/1879) élève du professeur Lallemand, docteur en médecine, ex-médecin des épidémies, chirurgien des Houillères de Cavaillac, membre correspondant de l’Académie impériale de médecine de Marseille, et de la Société académique médicale de Marseille, fondateur et exploitant des thermes de Cauvalat. Poète en patois viganais, il écrit dans L’Écho des Cévennes, Le glaneur du Gard.
Camille Chante (1822/1893) ancien professeur libre, directeur de la Caisse d’Epargne pendant presque trente ans, s’est occupé d’enseignement et d‘œuvres philanthropiques, président de la Société de secours mutuel, auteur d’une Carte du théâtre de la guerre des camisards dont Michelet a fait l’éloge.
Robert de Joly (1887/1968), ingénieur attaché au service des mines. Un des pionniers de la spéléologie, il invente une partie du matériel encore utilisé aujourd’hui, en particulier l’échelle de spéléologie.
Édouard de Cazalet (1913/2009), issu d’une famille protestante d’armateurs et de banquiers marseillais installée à La Bouysse à Avèze.
Fils d’Edouard de Cazalet, banquier. Son père avait été maire d’Avèze au lendemain de la Guerre de 14. Président et directeur de la Société Marseillaise de crédit (1946/1982). Lui-même est maire d’Avèze de 1958 à 1978. Il accompagne la modernisation d’Avèze, et crée le foyer Édouard de Cazalet pour l’accueil de jeunes handicapés.
Merci à Madeleine SOUCHE, historienne.